Jack laisse des traces. Sherlock les lit.
Novembre 1888. Une silhouette a traversé Caen, quelques semaines avant que Whitechapel n'entre dans la légende. Quelques jours plus tard, un homme descend du même train de Dieppe. Cape Inverness, deerstalker, loupe à la main. Il ne cherche pas d'hôtel. Il cherche une piste.
Novembre 1888. Quelques jours après l'autre. Un homme descend du train de Dieppe. Même ligne, même quai, même brume. Il ne cherche pas d'hôtel. Il cherche une piste. Place Saint-Sauveur, l'aube. Les pavés luisent, gris et froids. Il s'agenouille au pied de la statue d'Élie de Beaumont, le bronze immobile au-dessus de sa tête, à l'endroit exact où la silhouette est passée. La loupe descend vers la pierre. Un talon plus lourd d'un côté. Un fil sombre pris dans la grille. Une odeur de cuir, encore. Il relève ce que personne n'avait vu. Des semaines avant que Londres ne saigne, un détective suit déjà l'ombre. Reste à savoir ce qu'il a lu dans la poussière.
Novembre 1888. La nuit, cette fois. La rue Froide s'enfonce dans le vieux Caen, étroite et courbe. Au bout, la flèche de Saint-Sauveur se perd dans la brume. Un bec de gaz grésille, seul. Il avance lentement, la cape lourde d'humidité, la pipe éteinte au coin des lèvres. À chaque porte, il s'arrête. La loupe fouille le bas des murs, le seuil des boutiques closes, la rigole. La piste refroidit à mesure que la nuit tombe. Ou peut-être qu'elle ne mène nulle part. Quelque part sous ses pas, l'autre est passé. Trois jours, peut-être quatre. Assez pour disparaître. Pas assez pour ne rien laisser.
Novembre 1888. Une silhouette traverse Caen, du train de Dieppe à la place Saint-Sauveur. Quelques jours plus tard, un homme suit le même chemin, la loupe à la main. Deux séries, une seule piste. Le prédateur et celui qui le traque ont foulé les mêmes pavés, à quelques jours d'écart. Reste une question. Qui, des deux, savait que l'autre viendrait ?
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